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La faïencerie de Nimy

dans l'histoire

1600
     La porcelaine connue en Chine depuis des siècles, fait son apparition en Europe sous l’influence de la Compagnie des Indes.

Cette céramique légère, fine et translucide intrigue; mais surtout, elle fascine les européens qui sont habitués aux poteries et aux céramiques souvent lourdes et épaisses (argile colorée, recouverte d’enduit pour cacher la pâte).

La noblesse et les riches marchands, vont très vite se l’approprier, mais elle reste un produit de luxe, rare et très couteux (le voyage est long et périlleux) au point de vouloir à tout prix en connaître ses mystères.

     Les 17ème et 18ème siècles vont donc voir des pays comme l’Angleterre, la France, la Hollande, … se lancer dans une course effrénée à la recherche de cet or blanc.

     Ne parvenant pas à en percer le secret (le Kaolin: argile blanche qui devient translucide à la cuisson), ils vont l’imiter et fabriquer des céramiques à pâte claire (blanche, ivoire) additionnée de différents éléments la rendant plus plastique, plus résistante, donnant progressivement vie à ce qu’on appellera la «Faïence Fine».

1709
     L’alchimiste allemand Johann Friedrich Böttger, donne le jour aux premières porcelaines européennes au château d’Albrechburg à Meissen.

     En Hollande, à Delft, on produit une céramique stannifère, très légère, d’un éclat particulier dut à un enduit vitreux superficiel le « kwart ».
Delft qui existe toujours connaitra son âge d’or entre 1640 et 1740.avec des pièces appelées de façon erronée la «Hollants Porcelyn».

1759
     En Angleterre, c’est surtout dans la région du Staffordshire que les potiers développent leurs produits Josiah Wedgwood, industriel visionnaire crée son entreprise et fabrique notamment de la vaisselle en « terre à pipe » faïence fine de couleur crème qui va très vite traverser massivement la Manche.

1765
     Une partie de la famille Boch s’installe à Septfontaine au Luxembourg, ils vont perfectionner la faïence fine et contrer «l’invasion anglaise».

    
Nous sommes dans une période relativement troublée, le jeu des guerres, des alliances modifient sans cesse nos frontières, une grande partie de ce qui va devenir notre pays est sous tutelle des Pays-Bas autrichiens.


1768
     En France, découverte de gisements de Kaolin à Saint-Yrieix, qui feront la réputation des porcelaines de Limoges.

1780
     A Andenne, Dieudonné Joseph Antoine possède avec son associé une piperie après une faillite.
Il décide alors d’ouvrir une faïencerie, il est rebouté car Nicolas Claudel possède des octrois impériaux d’exclusivité pour la région.

    1789
     Dieudonné J. A. arrive à Mons avec la ferme intention de réaliser son rêve, il propose aux autorités de la ville la création d’une faïencerie et les sollicite pour une avance pécuniaire substantielle. Ce prêt lui étant refusé, il s’associe le 07 mars, avec deux notables locaux, Messires Fery-François de Bousies, seigneur de Rouveroy et son frère Bonnaventure Hyacinthe. Ils s’installent à Nimy.

Le lieu-dit "Le Marais" est judicieusement choisi, sur les méandres de la Haine, rivière au débit suffisamment rapide pour faire tourner des moulins et fournir la force motrice nécessaire au broyage des terres et matières premières.
En juillet, Antoine, chargé de la direction de l'usine, sollicite et obtient du gouvernement de Joseph 2 l'autorisation de prendre le titre de "Fabrique Impériale et Roïale", l'exemption des droits d'entrée pour les matières premières étrangères, l'exemption des droits pour la livraison des produits dans le pays et à l'étranger et des corvées pour tous les ouvriers. Un quatrième associé est admis : Messire Procoque, baron de Sécus.

     Le 18ème siècle compta 11 famines en France, celle de 1769 y tua une personne sur 20, la révolution française vient de celle de l’hiver 1788.


     La production est assez sommaire et copiée, tant pour les formes que pour les prix, des faïences Boch Luxembourg. A cette époque, il n'existe aucune trace de marque apposée sur les faïences ainsi que sur les pièces de forme dans les archives. Mais il se pourrait que quelques pièces de platerie portent les initiales D.J.A. Nimy de Dieudonné Joseph Antoine. Leur imperfection est grande et permet de les différencier.

1791
     D.J.A. abandonne la manufacture pour affaires personnelles et Jean-Louis Gilles est nommé directeur.
La faïencerie connaît bien des mésaventures, dues surtout à une mauvaise gestion.

1796
     1851Bonaventure de Bousies prend la direction, rénove, assainit et développe la manufacture. Par tous les moyens, il cherche à diminuer les frais, à perfectionner la qualité du biscuit et la solidité du vernis et à diversifier la production.

Outre les pièces de caractère usuel ou platerie, tasses, sous-tasses (rares), assiettes soupières, cafetières et légumiers, apparaissent des pièces de petit mobilier (bénitiers, vases) et des carreaux pour paver les âtres des cheminées.

     Fin 18ème, une inscription BL apparaît en creux, au revers des pièces. Bien que plus grande et plus profonde que celle de la fabrique Boch du Luxembourg, elle provoque la colère des propriétaires qui intente et gagne un procès.

1801
cachet     Dès lors on adopte la marque en creux NIMI ou parfois avec le N inversé, surmontant une lettre ou le numéro de l'ouvrier qui a fabriqué la pièce. A l’époque, les ouvriers sont payés à la pièce.

     Le plus grand mérite de de Bousies fut de développer des comptoirs de vente à Bruxelles, Anvers, Gand et Bruges, des débouchés à l'étranger comme Lille et de participer aux grandes expositions (Gand 1820, Haarlem 1825 et Bruxelles 1830).

     Le charbon remplace le bois dans les fours, on installe des machines à vapeur.

    Au début du 19ème siècle, les enfants, dès l’âge de 5 ans travaillent en usine de 12 à 15 heures par jour.


1826
     La manufacture emploie jusqu'à 250 ouvriers.

1830
Révolution belge.

    La crise commerciale qui s’en suit, la concurrence de plus en plus importante, anglaise principalement, ralentissent l'activité qui se maintient vaille que vaille jusqu'à la mort du chevalier de Bousies en 1831.

1841
La loi du 18 mars limite le temps de travail des enfants
8h00 par jour, pour les 8 à 12 ans, et 12 heures pour les 12 à 16 ans.
Cette loi ne sera réellement appliquée que 25 ans plus tard !!!

1848
     Une société est créée sous la raison sociale "Declercq et Cie". Mr François Joseph Declercq (directeur de la fabrique de porcelaine de Baudour) à qui on confie la gestion et le droit de signature.

     Outre la production précédente, on développe des objets dits en "terre à feu", pâte assez grossière, recouverte d'un enduit brun foncé à l'extérieur, blanc à l'intérieur et l'apposition de la marque Nimy (avec "Y") en creux.

1851
1851      L'établissement est vendu à Jean-Pierre Mouzin, (directeur de la faïencerie Keramis de Saint-Vaast), à Théophile Lecat, maître Potier et divers autres actionnaires.
Création de la société Mouzin-Lecat et Cie. Jean Pierre et son fils sont chargés de la direction de l'établissement.

    En quelques années, de nouveaux bâtiments sont érigés, équipés de machines performantes, ce qui triple l'avoir de l'usine.
Industriels pragmatiques et efficaces, les Mouzin renoncent à la poterie de luxe pour ne fabriquer que de la vaisselle d'usage, mais gardent néanmoins des pièces à caractère artistique pour faire apprécier l'habileté de leurs artisans lors des expositions.

1874
    Proposition des 12 heures de travail par jour à partir de 16 ans, généralisée en 1893.


1890
     La faïencerie devient société anonyme à la tête de laquelle se succèdent divers directeurs, plus connu est monsieur Sylvain Vincart (beau fils de Mouzin).
1897
     L'usine occupe 675 ouvriers.

Précisons qu'en ce temps-là, la région vivait l'ère de la prospérité industrielle qui suivit le développement des grands moyens de communication : creusement d'un canal à deux sections, route Mons-Bruxelles, chemin de fer dès 1843.
Chaque jour, plus de 3000 ouvriers descendaient du train à Nimy, sans compter les locaux qui rejoignaient leur lieu de travail à pied ou à vélo.


1814/1918
    La guerre voit la déportation ou la mobilisation de la plupart des ouvriers et l'occupation de l'usine par les Allemands. A la fin des hostilités, l'usine tente de se redresser. Le manque d'entretien des bâtiments et la faiblesse de qualité de la production conduisent à la vente de l'affaire.

1921
    Rachat par la société céramique de Maastricht, l’objectif : réparer, réorganiser et agrandir considérablement l'usine. Le principal instigateur de cet essor fut le directeur Monsieur Moreau qui se soucia, outre l'augmentation de la rentabilité, de l'amélioration des conditions de vie des ouvriers (infirmerie, mutuelle, cantine, vestiaires, douches, allocations familiales,...).

    Si dans les années 1920-1930, la production s'efforce de maintenir sa qualité et sa diversité, elle commence à décroître dès l'approche du second conflit mondial.

    Les marques apposées en creux ou au cachet sont nombreuses, en référence à leur sujet, mais reprennent toujours la mention Nimy.

1936
Les premiers congés payés (6 jours) et le salaire minimal.
    Pendant la guerre, l'usine fut pratiquement réduite à l'inactivité de par la déportation massive des ouvriers en Allemagne et l'impossibilité d'approvisionnement en matériaux valables.
n    Néanmoins, il existe une production marquée de la lettre "N" entourée d'un cercle (les responsables craignaient les ennuis avec l'occupant).

    A la Libération, la fabrique sert de garage au charroi américain.

1943
figures     Sous la conduite de Monsieur Raoul Godefroid, furent entrepris des travaux de recherche dans les bâtiments de la faïencerie malheureusement moribonde. Ce fut alors un groupe de jeunes artistes qui firent leur entrée et créèrent ainsi un centre artistique incomparable :
«La Maîtrise de Nimy»


A la fermeture de la faïencerie, ils continueront séparément à exercer leur art
avec plus ou moins de réussite en continuant de signer les pièces
de leur nom, sous la dénomination
«Maîtrise de Nimy».

1946
     Une tentative de redressement est effectuée par un ingénieur qui tente de réduire le temps de cuisson de 36 à 24 heures par souci de rentabilité. L'échec est cuisant.

1948
     Le comte de Meeus propose de réinjecter 8 millions de francs de l'époque, soit 2,5 à 3 millions d’euros, pour sauver l'outil. La direction refuse: elle préfère fermer l'usine et importer à moindre coût les pièces de Hollande.

1951
    
c'est la fin !!!
Tout ce qui est monnayable est vendu comme les charpentes encore en excellent état ou les briques réfractaires du 18e, très appréciée des collectionneurs. Les archives sont détruites et les bâtiments restants sont rasés.



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